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Le train « invisible » de Kazuyo Sejima

Cela va faire un siècle que les trains jaunes à bande rouge de la firme Seibu arpentent la campagne japonaise. Pour célébrer cet anniversaire, la société ferroviaire, qui possède 180 kilomètres de rails desservant Tokyo à la région de Saitama, a décidé d’abandonner provisoirement son design coloré pour une apparence nettement plus sobre : ses futurs trains seront en effet quasiment invisibles.

Train fantôme

C’est l’architecte Kazuyo Sejima qui s’acquittera de cette transformation, les premiers exemplaires étant attendus pour 2018. Pas de débauche technologique pour ce train pas comme les autres, mais des éléments semi-transparents ainsi qu’une simple surface en miroir, qui sera plaquée sur le châssis des 56 wagons destinés à cette série limitée. Le résultat devrait conduire, selon l’architecte en charge du projet, à « quelque chose qui n’a jusqu’alors jamais été vu ». L’intérieur des wagons sera lui aussi aménagé pour plus de confort. Le standard japonais étant déjà très élevé en la matière, les modifications promises par Kazuyo Sejima devraient contribuer à faire d’un déplacement en train Seibu une expérience unique.

Une architecte en pleine ascension

Ce nouveau projet sera l’occasion pour l’architecte japonaise de mettre en œuvre sa vision artistique, caractérisée par un design épuré, voire ascétique. Ses précédentes réalisations au sein de l’agence SANAA, qu’elle a cofondé en 1995 avec Ryue Nishizawa, accordent une place prépondérante à la sobriété. Ses talents, exercés tant au Japon qu’à l’international, ont valu à l’agence de remporter, en 2010, le prix Pritzker, considéré comme le « prix Nobel de l’architecture ». A leur palmarès figurent le musée du Louvre-Lens, le Rolex Learning Center en Suisse, l’Institut valencien d’art moderne en Espagne, le New Museum of Contemporary Art de New-York, ou encore la boutique Dior à Tokyo.

Culture ferroviaire

La future réalisation de Kazuyo Sejima ne manquera pas d’être accueillie avec enthousiasme, dans un pays qui a toujours su faire preuve d’innovation en matière ferroviaire. Doté d’un réseau ferré parmi les plus denses du monde, le Japon a développé une véritable culture du train, qui constitue le principal moyen de transport de la population. Toujours ponctuel, confortable et assurant de nombreuses dessertes, le rail fait l’objet d’un véritable engouement auprès de ses utilisateurs. La compagnie Seibu Railway entend bien profiter du futur relookage de ses trains pour s’attirer une nouvelle clientèle.

Un pari à double tranchant

Depuis quelques années, le transport ferroviaire a de plus en plus recours au talent des architectes pour aménager les trains et les gares. Avec, parfois, quelques échecs retentissants. C’est ainsi que l’Eurostar, qui n’avait subi aucune modification majeure en 20 ans, s’est vu tout récemment vertement critiqué pour sa mue, effectuée sous l’égide de Pininfarina. De telles critiques devraient être épargnées à ce train invisible, destiné à se fondre dans un environnement alternant ville, campagne et montagne. Nombreux seront les curieux à se presser autour du train de Seibu, qui ne constitue que l’une des deux cent sociétés concurrentes se partageant le réseau ferré japonais.

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