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Villes flottantes, une utopie ou un futur crédible ?

Alors que le réchauffement climatique provoque une constante élévation du niveau des mers, que la population mondiale ne cesse d’augmenter et que la destruction de différents écosystèmes se propage à un rythme effrayant, ingénieurs et industriels continuent d’envisager de nouvelles solutions. La dernière en vogue ? Les villes flottantes.

À mi-chemin entre Waterworld et Jules Vernes, entre utopie et nécessité scientifique, ces cités maritimes sont-elles réellement envisageables? C’est en tout cas ce qu’affirme la start-up Oceanix, en association avec le cabinet d’architectes Bjarke Ingels Group, et soutenu par l’ONU.

«Plus qu’un vaisseau, c’est une ville flottante»

Si la cité du futur proposée par Oceanix n’est pas la seule à être étudiée, elle est probablement la plus scrutée et débattue ces derniers mois. Le projet consiste en une série de plateformes hexagonales, chacune capable d’accueillir jusqu’à 300 habitants. Ces structures seraient rassemblées par groupe de six gravitant autour d’une serre pour former un «village flottant». En associant six villages, une ville de 10.000 habitants devrait être totalement autonome quant à sa production d’énergie, d’eau potable et de chaleur.

C’est là que se situe le plus grand défi, mais aussi l’attrait du projet «Oceanix City»: le développement durable. En effet, les bâtiments seront démontables et construits uniquement en matériaux durables, l’eau sera fournie par la récolte de la pluie, la désalinisation de la mer ou encore la concentration et filtration de l’air. Les voitures seront bannies, et les habitants se déplaceront à bord de bateaux électriques, de drones ou à vélo.

Les déchets seront transportés via des tubes pneumatiques pour être recyclés. Sous les plateformes, une agriculture verticale et sous-marine permettra l’élevage d’algues et de fruits de mers. Certaines «îles» sans résidents produiront d’autres types de nourriture ou de l’énergie à l’aide de panneaux solaires.

La ville flottante sera amarrée à quelques kilomètres des côtes, dans des eaux suffisamment profondes pour pouvoir résister aux tsunamis (en plus des ouragans et tempêtes). En restant néanmoins à proximité de la terre ferme, les modules pourront être rapidement remorqués en cas de problèmes. Pour fabriquer et amarrer ces modules, Oceanix prévoit l’utilisation du biorock. Ce matériau naturel est composé d’une couche de calcaire formée par les minéraux sous-marins qui permettra de protéger la ville des courants électriques, mais aussi de se renforcer naturellement au fil du temps, jusqu’à devenir trois fois plus dur que le béton tout en restant capable de flotter !

Des premiers tests dans de grandes villes pour dissiper les doutes

Si en théorie, le projet Oceanix City offre de nombreuses promesses technologiques et écologiques, il n’est pas exempt de doutes. Tout d’abord, d’un point de vue psychologique : si tout le monde avait envie de vivre en mer, les plateformes pétrolières seraient surpeuplées depuis longtemps. Pour rassurer les populations et leur permettre de s’habituer graduellement au concept, les premières villes tests devraient logiquement se positionner en tant qu’extensions de grandes villes existantes, tels que New York, Hong-Kong ou encore Boston.

Autre facteur psychologique, certains voient ce genre d’innovation comme un renoncement, voire une fuite en avant. Le directeur du Sabin Center for Climatic Change de l’université de Columbia, Michael Gerrard l’a résumé ainsi: «La prudence que j’ai, c’est que parfois, les gens proposent des idées futuristes de ce type comme pour dire que le changement climatique n’est pas si grave, car s’il se produit, nous trouverons un moyen de le contourner».

Autre question d’envergure, quel financement serait nécessaire pour un tel projet? Certes, si ce ne sont pas des îles artificielles fabriquées pour milliardaires excentriques, néanmoins, construire une petite ville au-dessus de l’eau (avec nos standards de conforts actuels) relève de la prouesse technologique et aura forcément un coût non négligeable qui reste encore à définir.

Solution viable? Excentricité digne de science-fiction? L’avenir nous le dira. Néanmoins, il convient de garder un œil attentif aux projets de villes flottantes qui pourraient bien devenir, un jour, le dernier port d’attache des réfugiés climatiques.