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Le pont « Salman », coup d’éclat ou coup de folie ?

Un immense pont reliant l’Afrique à l’Asie. C’est le projet pharaonique sur lequel se sont mis d’accord les chefs d’Etats égyptien et saoudien, lors de la visite du roi Salman Ben Abdel Aziz au Caire en avril dernier. L’édifice reliera la célèbre station balnéaire de Charm-El-Cheikh, au sud du Sinaï égyptien, à la région de Tabouk, au nord de la péninsule arabique. Pour cela il traversera le golfe d’Aqaba et l’île de Tiran. La construction d’un tel ouvrage solidifiera les relations entre les deux pays, tout en stimulant l’économie et le tourisme. Mais qu’en sera-t-il des conséquences écologiques sur la faune et la flore maritime ?

Un accord historique et symbolique

Long de 32 kilomètres, l’immense ouvrage sera évidemment une prouesse technique spectaculaire. Majoritairement financé par Riyad, le pont portera le nom du monarque saoudien, comme l’a révélé le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi.

L’accord, signé par les deux parties lors d’un déplacement de cinq jours du roi Salman au Caire début avril, est en quelque sorte le point d’orgue de la collaboration entre les deux nations puisque 17 autres accords sont ou vont être passés entre les deux pays, dont la reconnaissance des îles de Tiran et Sanafir comme appartenant à l’Arabie saoudite.

pont salmanSi on peut souligner le caractère stratégique et politique de cet accord bilatéral, il s’agit également d’une décision historique qui va tracer un trait d’union entre le continent africain et asiatique. En effet, traversant la mer Rouge, il devrait permettre de faciliter grandement les échanges entre les deux pays qui ne seraient plus contraints de voir leurs flux terrestres passer par la Jordanie et Israël, et serait également un atout majeur pour le tourisme religieux, puisqu’il faciliterait le transport des pèlerins jusqu’à la Mecque. Côté saoudien, c’est également l’occasion de consolider son alliance avec l’Egypte par rapport à son opposition avec l’Iran.

Un projet enfin entériné aux mépris des risques écologiques

Si l’annonce sonne comme un coup d’éclat, l’idée de relier l’Egypte à l’Arabie saoudite ne date pas d’hier. Elle remonte à la fin de la construction d’un pont entre le royaume saoudien et Bahreïn en 1982. En 1988, on avait déjà étudié la possibilité d’enjamber la mer Rouge en construisant un pont de 50 kilomètres reliant le nord-ouest de la péninsule arabique au sud de celle du Sinaï, près de Charm-el Cheikh. Mais sa réalisation a été reportée plusieurs fois, notamment en raison du refus du président Moubarak qui, en 2007, n’avait pas souhaité perturber la tranquillité de la station balnéaire de Charm-el-Cheikh. En 2013, c’était le président Morsi qui avait annoncé le projet, sans suite.

Depuis le début de ce projet, les militants écologistes ne cessent d’alerter sur l’impact de l’édifice sur l’environnement. Ce dernier mettrait en danger les récifs coralliens et la riche faune marine de la superbe mer Rouge, élément vital pour le tourisme balnéaire et l’économie de la région.

La réalisation d’une telle infrastructure démontre en tout cas la volonté de Riyad d’appuyer son influence dans la région et de manifester une fois de plus son désir de soutenir l’économie égyptienne. Le coût d’un tel projet n’a pas encore été établi, les estimations considèrent qu’il coûterait plusieurs milliards de dollars.

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