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Neom, la ville de l’après pétrole

“Pharaonique” est le mot qui revient le plus souvent dans les descriptions de Neom, le grand projet urbanistique du prince d’Arabie saoudite Mohammed ben Salman. Mais il pourrait bien s’agir là d’un euphémisme. C’est en tout cas ce que peuvent laisser penser les chiffres liés à cette ville du futur, censée permettre au pays d’affronter les contingences d’un monde où le pétrole ne sera bientôt plus roi.

Des chiffres qui donnent le vertige

La taille du projet, en premier lieu, est impressionnante. La zone prévue pour accueillir Neom fait 26 500 km², soit environ 250 fois la taille de Paris, ou encore l’équivalent de la Bretagne. C’est de loin le plus vaste projet urbanistique jamais planifié dans l’histoire de l’humanité. Une première section devrait être inaugurée en 2025. A terme, Neom devrait s’étendre tout le long du golfe d’Aqaba – la “corne” est de la mer Rouge – et relier l’Egypte et la Jordanie.

L’investissement global est pour l’instant estimé à 500 milliards de dollars. Il devrait être pris en charge en partie par l’Etat saoudien, et en partie par de multiples investisseurs privés. Les compagnies Vinci, AccorHotels, Airbus ou Engie sont déjà positionnées et envisagent de participer à la fête. Les infrastructures ne sont pas oubliées bien sûr: un pont enjambant la mer Rouge et reliant la zone directement à l’Egypte est notamment inclus dans le projet.

Ecologie et technologie

Qui dit fin du pétrole dit énergies propres et renouvelables. Neom se veut un exemple en la matière, et souhaite baser son approvisionnement énergétique principalement sur le solaire et l’éolien. Cela pourrait se faire notamment en s’équipant de centrales « nouvelle génération » et de bâtiments autosuffisants. Pour le volet technologique, on passe cette fois en revue les clichés de la modernité et de la science-fiction: une ville ultra connectée avec haut débit sans fil et gratuit pour tous, où circuleraient des drones transportant des passagers, et où les robots pourraient être plus nombreux que les humains, le tout géré par un e-gouvernement…

L’activité de la ville elle-même sera tournée vers les secteurs à fort potentiel de développement technologique, qui façonneront son organisation: l’eau, la nourriture, les transports et la mobilité, les biotechnologies, la fabrication de pointe, les médias entre autres. La responsabilité du projet échoit pour l’instant à Klaus Kleinfeld, ancien P-DG de Siemens, qui s’appuie sur le cabinet Buro Happold pour l’ingénierie. L’heure est pour l’instant à l’identification des besoins, les grandes manœuvres commenceront plus tard.

Utopie, dystopie ou réalisme?

Une fois passé l’effet d’annonce de cette ville de tous les superlatifs, il s’agit de décrypter quels enjeux sont soulevés par le projet. La dimension inédite de Neom fait naître de nombreuses interrogations. A-t-on affaire au délire de plus d’un roi du pétrole mégalomane? La nature même de cette ville ultra connectée, étendue, multipolaire mais aussi hyper contrôlée, aseptisée, annonce-t-elle le futur de l’urbanisme? On a longtemps reproché aux leaders arabes de se vautrer dans les pétrodollars sans penser au développement de leurs pays et de leurs peuples. Neom marque enfin de façon concrète l’action de l’Arabie saoudite en vue de générer un développement qui ne serait plus seulement axé sur l’exploitation confortable du sous-sol mais sur celle de compétences humaines.

C’est également un pas de plus vers une forme de modernité sociale: le monde arabe est déchiré entre une planète évoluant à grande vitesse et le poids d’une tradition religieuse qui peut parfois le brider et l’isoler. Neom, qui comprend dans son cahier des charges l’institution d’une zone à la législation différente du reste du pays, marque une forte ambition d’ouverture vers l’extérieur. Souhaitons que ce volet, au moins, soit un succès.